J'ai brièvement évoqué le sujet dans l'article du 10 juin 2026 mais je souhaitais en parler plus amplement. Il y a quelque mois, j'ai publié un article parlant du syndrome dépressif chronique que je vis depuis hélas des années. Ne cherchez pas cet article, je l'ai supprimé, car avec le recul j'ai pensé qu'il était trop brut ; notamment car je l'ai écrit en pleine rechute de ma maladie.
Oui, je souhaite parler de cette maladie, ne pas l'invisibiliser car elle existe bel et bien ; mais pas comme cela. Je ne souhaite pas choquer, mais témoigner, dans un lieu et un temps adapté, peu en importe la temporalité.
Avant l'article du 22 mai 2026, je n'avais rien publié de nouveau depuis plus de sept mois, sans compter ce dernier article abandonné en décembre. Et encore, depuis mai, cet article n'est que le quatrième publié. J'ai simplement mis à jour la page d'accueil pour vous annoncer la sortie de Mother! en novembre 2025.
Quelques temps après, j'ai été admise à l'hôpital. C'est dur à dire mais je ne dois pas en avoir honte. C'est ce que je dirais à mes patients, et j'ai décidé dernièrement qu'il était temps de m'accorder à moi-même autant d'importance que chacun des patients dont je m'occupe.
Mon diagnostique de santé mentale n'est pas certain. Plusieurs sont évoqués et recherchés depuis quelques semaines. Des mois de suivi rapproché on permis cela. Mon hospitalisation en unité psychiatrique a initié ce suivi. Celle-ci est intervenue suite à une énième intoxication médicamenteuse volontaire qui ne ressemblait pas aux autres car l'issue en était différente, cette fois-ci. Pour la première fois de ma vie, on m'a vue. Pour la première fois de ma vie, j'ai le sentiment que l'on cherche réellement l'origine de mon mal, et à le soigner, enfin.
Cinq ans d'anti-dépresseurs, quatre différents, des anxyolitiques, des rechutes, des idées noires, des moments suspendus où je ne sais même plus qui je suis ni où, des passages à l'acte, des conflits dûs à ma maladive peur de l'abandon. Tout cela semble être bien pire qu'avant ces cinq dernières années, alors même que j'ai désormais conscience de mes mécanismes de défenses et de ma propre souffrance. Avant cela, je vivais dans un brouillard constant non-identifié, je ne connaissais que cela, je pensais que c'était normal ; ou du moins que c'était moi qui n'était pas normale. Mes passages à l'acte auto-aggressifs étaient beaucoup plus rare faute de moyens et les idées noires étaient comme plus superficielles, moins élaborées. Je survivais sans savoir à quoi je résistais. Paradoxalement, je pensais vraiment que ce serait plus facile d'enfin savoir, de comprendre. Mais ce n'est pas du tout le cas.
En contrepartie, j'ai aujourd'hui d'avantage de ressources et de moyens pour aller mieux. La santé mentale étant ce qu'elle est, il a fallut du temps pour trouver les bons outils et les méthodes qui me correspondent. Mais en attendant, j'ai tenu, et je me bats tous les jours pour vivre, et non plus survivre.
C'est un long chemin de soin que j'ai entamé plus ou moins malgré moi il y a neuf mois. Je n'ai jamais été autant accompagnée dans cette voie, et grâce à cela, je progresse vraiment. Bien sûr, la maladie n'est pas joyeuse, mais je refuse de véhiculer un message autre que de l'optimisme réaliste, de la solidarité et de l'espérance. Je sais bien que je ne suis pas seule dans ce cas, j'ai même l'impression que ma sensibilité me permet parfois de désceller en quelqu'un cette fragilité en commun. Je n'écris pas cet article pour me plaindre, non. Je l'écris pour expliquer pourquoi ces longues pauses, qui ne sont pas des vacances mais du temps pour moi, pour me soigner. Je souhaite à tout le monde d'avoir la chance et la volonté un jour de prendre ce temps. Dépression ou pas, prendre soin de soi est essentiel, même si cela se révèle plus difficile pour certains ; même si cela nécessite de l'aide extérieure. Cette réalité ne fait pas de nous des gens plus faible, au contraire.
Il faut du courage pour se poser les bonnes questions, et de la force pour agir dans le sens de son propre bonheur, malgré tout.
Wilaukee S.