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    Révélations écossaises

    Quatrième périple et ode à l'amour
    15 septembre 2026 par
    Révélations écossaises
    Wilaukee S.
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    ​Au tout départ, je voulais appeler cet article "Edimbourg mon amour, mon amour à Edimbourg". Mais ce voyage n'a pas concerné que cette merveilleuse ville, ni n'a été qu'un sujet d'amour. Ou peut-être d'amour de soi, de cet endroit, en plus d'y être allée avec mon amoureux...

      À en juger au nombre de fois où le mot "amour" est cité en ces quelques premières lignes, on peut comprendre qu'il s'agit bien d'un pays que j'aime profondément. Cela n'a pas changé, bien au contraire. Si malheureusement 2025 a été ma première année sans Écosse depuis mon voyage initiatique, ce quatrième périple a très bien compensé le manque. Alors pourquoi avoir nommé cet article "révélations" comme s'il s'agissait d'un chapitre de Twilight ? Cela peut sembler trivial, mais c'est réellement le premier mot qui m'est venu lorsque j'ai repensé à cette belle conclusion que m'a offert l'issue de ce voyage.

    ​J'ai déjà parlé en long, en large et en travers de mon amour pour l'Écosse, mais je ne pensais pas comprendre quelque chose de nouveau me concernant en y allant une quatrième fois. Ô comme j'avais tort ; et cet article, qui a vu plusieurs versions avant de devenir ce que vous lisez tant mes pensées étaient éparpillées, existe pour rassembler ces révélations et leur donner du sens.


    ​C'était a priori un voyage plutôt simple : à moitié planifié, à moitié spontané. Des jours entiers dans un même musée, pas le temps de tout voir, se dire qu'il faudra y retourner, rien de nouveau là-dessus. Pourtant, faire découvrir son pays de cœur à celui qui y loge à la même place, c'est presque comme le découvrir pour la première fois ; partager l'excitation à la première vue d'un paysage splendide, d'une culture chaleureuse, d'un pays magnifique, est rafraîchissant. Et avec cette nouveauté qui consiste à voir par les yeux de l'autre, je me suis posée des questions que je ne m'étais jamais posées auparavant. 

    ​Par exemple : moi qui était fervente indépendantiste, fière d'un pays qui me paraissait sans défaut, j'ai aujourd'hui bien plus de nuances dans mon discours. Notamment grâce à la rencontre d'un correspondant avec lequel je conversais depuis des années, qui est un patriote écossais et contre l'indépendance. L'entendre exposer ses arguments, sans vouloir le contredire avec mon expérience pauvre de quelques mois passés là-bas contre toute sa propre vie ; m'a beaucoup appris. J'ai appris que l'Ecosse de mon idéal n'existe pas, n'a jamais existé et que la réalité est toujours plus compliquée qu'il n'y paraît. J'ai aussi appris à remettre en question mes croyances qui semblaient pourtant inébranlables. D'ailleurs, prendre ce recul est quelque chose dont j'aurais été incapable il y a quelques années. 

    ​En effet, j'ai pendant longtemps eu une sorte de chauvinisme mal placé d'une personne extérieure qui ne sait pas grand-chose au-delà de ce qu'elle voit du bout de son nez. Une positivité à toute épreuve qui faisait de ce pays un idéal utopiste où tout est rose, tout le monde heureux. Mais moi, je l'étais lorsque j'y vivais : optimiste, paisible. Comment aurais-je pu imaginer que ce n'était pas une généralité avec les œillères que je portais ? J'ai tellement voulu fuir ma condition misérable, j'ai tellement voulu fuir un monde qui ne voulait pas de moi qu'il fallait que je vois l'herbe verte du voisin, il fallait que je sente qu'une vie heureuse était possible, existait, même pour moi. Dès lors que je me posais la question : pourquoi fuir en Écosse ? La réponse était toujours évidente. « Parce que le pays est magnifique, la culture et l'histoire sont riches, leurs valeurs me parlent, leur combat historique pour la liberté... ». Alors maintenant que je vois les défauts de ce si beau pays, je réalise que ce n'est pas le seul répondant à ces critères, il y en a des dizaines en réalité, voir encore davantage que je ne connais pas. Donc, la question se pose à nouveau : pourquoi celui-ci ? Parce que je peux y parler anglais ? L'anglais étant une langue elle aussi de cœur, une que j'ai choisi d'aimer. Et puis alors ? Il y a bien d'autres pays dont l'anglais est la langue officielle... Certes, mais celui-ci est si imprégné de l'idée de liberté, que ce soit dans les grands paysages riches de monts et vallées emplis de chardons et de lochs, mais aussi dans leur histoire, dans l'ADN de ses habitants comme de celui des expatriés. Tout le monde peut être ce qu'il veut, réellement.

    ​En y réfléchissant vraiment, je me rends compte que je ne ressens pas ma différence de couleur de peau là-bas. Pour eux, je suis française. Alors que pour la plupart des Français, je dirais, comme je suis née en Haïti, je suis différente ; je n'appartiens que si je suis une bonne personne, lors des beaux jours. Mais je suis française, je suis fière d'en porter la langue, la culture et la géographie. Je ne souhaite vivre nulle part ailleurs. ​Oui, je suis née ailleurs. Là où on n'a pas voulu de moi. Mes racines arrachées, j'en ai besoin pour me construire malgré tout. Alors comment faire ? Eh bien, me construire une identité d'Écossaise de cœur m'a aidée. Vivre là-bas, apprendre à connaître ce pays me donnait une histoire dont je pouvais être fière, une histoire où l'on ne m'abandonne pas, une qui me rend heureuse. Désormais je venais d'un endroit où je suis la bienvenue et où je me sens bien, un endroit accepté de tous comme beau, pas du tiers-monde, pas pauvre, pas noir. On l'aime bien celui-ci, alors je préfère parler de l'Écosse que d'Haïti. Et dans ma tentative de remplacer mes racines géographiques, je suis tombée follement amoureuse des nouvelles. 


    ​D'un autre côté, la France est mon pays. Je ne l'ai pas choisi mais je l'aime. Je ne m'y sens pas toujours à ma place à cause de ma différence, mais je l'aime. Je suis Française, ce n'est pas un débat, mais encore une fois, j'ai besoin de racines. Elles ont été sectionnées à un jeune âge sans que j'aie mon mot à dire. L'Écosse est le pays que j'ai choisi en remplacement de ses origines floues, pour réparer mon cœur et pouvoir aller de l'avant, non pas pour remplacer mon pays qui est la France.​ Ce n'est pas un pays parfait, aucun ne l'est. Je m'en rends compte seulement maintenant. Et ayant autant de sentiments négatifs à l'égard de mon pays de naissance, je ne suis pas prête à l'aimer. Il ne faut jamais dire jamais ; mais en tout cas, en attendant, j'aime de tout mon cœur ce pays choisi ainsi que celui où j'ai attéri il y a maintenant vingt-quatre ans, car je trouve qu'aimer est la plus belle chose qui soit. 


    ​Voilà comment évolue mon amour de l'Écosse : plus fort que jamais. Je continue de rêver à des origines très lointaines écossaises qui renforceraient ce choix, bien que je n'en aie pas besoin en réalité. D'ailleurs, en voilà encore une chose que j'aime : rêver. C'est ce qui m'anime et me permet de me dépasser, de sublimer mes traumatismes et ma maladie. 

    ​« Rêve, écrit, aime », tel est mon mantra. 


    ​Wilaukee S.

    in Voyages
    # amour ecosse voyage
    Révélations écossaises
    Wilaukee S. 15 septembre 2026
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